Interview Le Droit de Perdre

Interview de François Lang, créateur de éditions Le Droit de Perdre

Qui êtes-vous et quels sont vos parcours personnels ?

Je suis un peu moins " Franz LeJeune " que lors de la dernière interview, car il s'agit d'un pseudonyme d'auteur, or j'ai surtout travaillé en tant qu'éditeur les dernières années. Du coup, je m'appelle François Lang et cela fait maintenant 11 ans que je dirige la maison d'édition de jeux de société Le Droit de Perdre.

Crédits photo : ledroitdeperdre.com

Décrivez votre équipe en quelques mots.

Je suis seul à travailler à temps plein sur Le Droit de Perdre, mais beaucoup de personnes précieuses collaborent à ce projet, à commencer par une dizaine d'auteurs et quelques illustrateurs ainsi qu'un graphiste freelance, Mathieu Clauss, qui suit le design de tous jeux pratiquement dans un rôle de directeur artistique. J'ai également 3 associés avec qui j'échange sur les grandes décisions. Notre partenaire principal est Blackrock Games, notre distributeur en France. Ils ont une super équipe d'une trentaine de personnes pour représenter nos jeux et ceux d'une trentaine d'autres éditeurs. Mais nous avons aussi des partenaires directs en Belgique, en Suisse, au Québec, en Espagne et nos camarades de Blue Orange qui nous représentent à travers le monde.

Comment vous est venue l’idée de créer votre label « Le Droit de Perdre » ?

En 2009, lors d’une soirée, une copine demande à un ami "Que ferais-tu s'il ne te restait plus que 24 H à vivre ?". Je l'interromps en disant "Mais quelle question de merde !" et là-dessus vient l'envie de faire un jeu avec plein de questions comme ça : "Quel superpouvoir aimerais-tu avoir ?", "Quelles est la composition idéale d'une partouze ?", "Comment t'appellerais ton parti politique ?"... Assez rapidement, il y a eu l'intuition que cette approche déconneuse, où les règles et la victoire passent au second rang de l'expérience ludique, pouvait aussi être intelligente et mener sur un projet éditorial plus large. "Questions de merde" est ainsi sorti en juillet 2009 déjà avec le label Le Droit de Perdre sur la boîte.

Lequel de vos produits représentent le plus l’esprit de votre entreprise, et pourquoi ?

Tous. De ce point de vue, le choix de rester une petite maison d'édition est crucial. On évite ainsi de rentrer dans un cycle infernal où il faut faire de l'argent pour faire de l'argent. Cependant, pour ne pas esquiver la question, je peux dire que notre jeu "Crazy Theory" est un excellent ambassadeur de l'esprit Le Droit de Perdre : parce qu'il est très simple si on se laisse aller, parce qu'il incite à l'insolence mais laisse chacun libre de choisir jusqu'où il veut aller dans son humour, et parce qu'il tourne en dérision le phénomène des théories du complot, qui pose un immense défi à la cohésion de nos sociétés.

Selon vous que recherchent les clients qui achètent vos jeux ?

Je pense qu'ils cherchent des jeux avec lesquels jouer pour se marrer, se détendre, se lâcher entre amis, redécouvrir sa famille, nourrir l'imagination, muscler sa répartie, boire un coup et plus si affinités, mais je n'espère pas en premier lieu pour gagner. On a écrit "Le Droit de Perdre" sur toutes nos boîtes, du coup le message est plutôt clair :). Mais attention, cela n'exclut pas qu'il puisse y avoir des vainqueurs dans nos jeux et que cela ait même un sens par rapport au déroulement de la partie ! Notre truc, ce n'est pas "le devoir de perdre", mais juste jouer, sans cette pression de la gagne qui nous obsède et nous aveugle parfois.

Parmi vos créations, quel est votre jeu coup de cœur ? (Pourquoi ?)

Tous ! Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus et parce que chacun de nos jeux présente une originalité qui le rend indispensable à nos yeux. Mais là aussi, pour apporter une réponse, je peux vous parler de "Débrouille-toi !", un jeu qui me parle beaucoup car il invite à un raisonnement rationnel dans une histoire complètement irrationnelle de système D, où vous pouvez voyager sur mars avec un caddie et un sèche-cheveux ! Plus récemment, "Géants stupides" me touche particulièrement, peut-être parce que lui aussi se situe à cheval entre deux systèmes a priori contradictoires. "Géants stupides" a des allures de jeu tactique avec ses gros cubes en bois qu'il faut déplacer avec un peu de jugeote et, en même temps, tout cela se déroule dans un univers déjanté, où chacun incarne un géant stupide et pousse des cris stupides... J'aime beaucoup ce moment où le rire l'emporte sur notre faculté à identifier le meilleur coup stratégique !

Quel bilan pouvez-vous faire à l’heure actuelle sur votre jeu phare « Question de merde » ?

En 2011, lors de la dernière interview, on s'apprêtait à publier le jeu "Taggle" et on ne savait pas encore qu'il allait fortement changer notre parcours éditorial : le "Taggle", signé par nos premiers auteurs venus d'ailleurs, Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze, un duo de feu absolument adorable. La collaboration avec eux était tellement chouette qu'on a laissé un peu de côté "Questions de merde" qui a tout de même atteint 50.000 ventes en France et 100.000 ventes en Allemagne ! Cependant, le "Taggle" a clairement pris le relais en tant que jeu phare chez Le Droit de Perdre. Il vient de passer le cap des 130.000 ventes en France. Une autre série a bien percé avec nos jeux "Comment j'ai adopté un gnou" et "Comment j'ai adopté un dragon".

A qui destinez-vous ces jeux, et à qui peut-on les offrir ?

A tous ceux qui ont envie de se marrer franchement, mais sans renoncer à se servir du cerveau, à explorer l'imagination et à s'intéresser aux autres, à leurs psychologies, à leurs personnalités.

Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui ?

Actuellement, nous faisons la promotion de nos derniers jeux, Géants stupides et Kiki va sortir les poubelles ?, parut juste avant et après le confinement. Le contexte n'est pas simple, mais on y croit parce qu'on reçoit de bons retours sur ces jeux ! Pour la suite, nous travaillons sur une édition augmentée du jeu PAF dans Taggle, le 4e de la série des jeux Taggle, avec l'original, Ta bouche et Taggle d'Amour, à paraître cet automne, en même temps qu'un jeu de micromimes complètement décalé, I am a banana, avec un docteur qui joue seul contre une bande de fous.

Est-ce vous avez eu des idées qui n’ont pas abouti ?

Mais ça, c'est la vie ! C'est tout le temps !

Pour quelles raisons ?

Parce que ça prend généralement quelques secondes ou une nuit d'insomnie pour avoir une bonne idée... tandis qu'il faut un paquet de journées et de bonnes conditions pour arriver à la concrétiser. Notre monde des idées est bien plus fou, bien plus libre que notre monde matériel et c'est très bien comme ça. À vrai dire, ce serait flippant si toutes les idées se réalisaient

Aujourd’hui, peut-on dire que les projets annoncés dans la précédente interview ont été aboutis ?

En partie, oui ! En tout cas, pour le "Taggle", cela a été le point de départ d'une belle aventure éditoriale avec nos auteurs Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze, qui ont signé beaucoup des jeux qui sont venus ensuite étoffer notre catalogue insolite. En revanche, l'idée de publier des livres est encore à l'état d'idée. La tentation est toujours là, mais il y a tellement de travail sur le développement des jeux que cela ne s'avère ni nécessaire ni vraiment faisable à court terme.

Dans un futur proche, quels sont vos prochains projets ?

Il y a les prochains jeux à paraître (PAF dans Taggle, I am a banana), le nouveau site Internet avec la possibilité de customiser ses jeux avec une gravure sur la couv', mais aussi des envies de proposer un peu plus nos jeux à l'étranger et de prendre du temps pour soi, pour la famille et les potes ! L'été arrive et on a bien morflé avec ce corona de mes ****, donc là, on va aussi juste penser à se faire du bien ! Le monde est incertain, mais une bonne journée, ça reste toujours à portée de main :)

Enfin, pour vous, quelles sont les clefs de la réussite d’un cadeau ?

On espère sortir bientôt un nouveau site internet qui permettra aux internautes d'acheter nos jeux avec une customisation sur le couvercle. Cela fonctionne très bien si vous avez envie de dire Taggle à quelqu'un en particulier. A la commande, chacun pourra dire s'il veut écrire Taggle Jérôme ou Taggle Aïcha ou Taggle Chér...

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